Le vendredi 11 mars 2005
|
Photo André
Pichette, La Presse
Ben Bogart, Luc Courchesne, Martin
Chartrand, Joseph Lefèvre, René Barsalo, Monique Savoie,
Zach Settel et Sébastien Roy de la Société des arts
technologiques. |
|
C'est le début d'un temps nouveau
Alain
Brunet
La Presse
La fin de la câblodistribution,
remplacée par des milliers de chaînes de télévision disponibles
sur Internet. La fin du téléviseur, remplacé par un projecteur
haute définition. La fin du téléphone branché au mur, remplacé
par des communications audiovisuelles en temps réel. C'est
le début d'une ère de création et de communication interactives.
Projetez-vous dans un avenir
proche. Imaginez votre ordinateur relier une infinité de contenus
sur le Net à votre chaîne stéréo et votre cinéma maison, le
tout équipé de cinq à huit enceintes acoustiques qui vous
encerclent.
Imaginez-vous fonder un groupe amateur dont les membres vivent
aux quatre coins du monde et qui jamment ensemble lorsque
bon leur semble.
Imaginez-vous dans un amphithéâtre en train de tripper
sur ce qui se passe devant vous, mais aussi sur des musiciens
se produisant simultanément dans un théâtre de Barcelone,
de Hong Kong ou de Berlin.
Imaginez-vous abandonner le bon vieux téléphone pour vos communications
interurbaines et le remplacer par un micro intégré à votre
ordinateur personnel.
Voilà ce dont il était question hier
à la Société des arts technologiques (SAT). Leader en matière
de nouvelles pratiques culturelles à l'ère numérique, on y
présentait les travaux du réseau de recherche Territoires
Ouverts/Open Territories (TOT), coordonné par une équipe de
la SAT. Au cours des deux dernières années, le programme de
recherche a été «le premier territoire dédié entièrement à
la création et la diffusion de contenus culturels sur les
réseaux à large bande».
Des exemples qui frappent l'imaginaire?
«Le logiciel nSlam que nous avons conçu dans le cadre du projet
TOT fonctionne avec des délais qui tournent autour de 30 à
40 millisecondes. C'est extrêmement proche du temps réel.
Notre première version du logiciel permettait de diffuser
du son sur Internet et d'ainsi transférer les contenus dans
une seule direction avec un délai de quatre à six secondes;
il n'y avait pas vraiment d'interaction dans ce cas. Le problème
de délai a été considérablement amoindri par la suite avec
la mise au point d'un logiciel (libre) de communication Net
Send, qui permet des transferts de son dans des délais de
moins de 100 millisecondes», explique René Barsalo, directeur
recherche et stratégies à la SAT.
Au cours des prochains mois, le projet TOT prévoit être en
mesure d'envoyer et de recevoir de l'information à deux endroits
différents.
«Le logiciel téléCHACHA, précise René Barsalo, permettra la
tenue d'une performance artistique se déroulant dans deux
ou plusieurs villes différentes. Les auditoires se trouvent
dans des lieux différents, ils peuvent ensemble taper des
mains et danser sur la musique d'un groupe formé sur deux
scènes. L'idée existe depuis un moment, mais il y a toujours
des problèmes d'intelligibilité et de délai dans les transmissions.»
«Actuellement nous pouvons transférer jusqu'à 30 sources d'information
à 32 bits, ce qui équivaut à deux fois la qualité d'un CD
normal. Nous le faisons via la fibre optique. Nous transmettons
cette information au moyen de huit enceintes acoustiques (mode
8.1), mais nous pouvons envisager très bientôt transférer
le son en 5.1 (cinq enceintes acoustiques) au moyen d'une
connexion haute vitesse normale.»
On en déduira que le grand public aura bientôt accès à ces
innovations réservées à une communauté restreinte de chercheurs
et d'artistes.
«TOT comprend aussi un axe de recherche pour la transmission
vidéo à très haute définition en temps réel. Nous travaillons
sur des espaces de projection immersifs, c'est-à-dire
des systèmes projetant les images au moyen de logiciels qui
peuvent corriger ces images si la surface de projection n'est
pas parfaitement plane- d'où le projet de recherche Light
Twist. PixelTANGO, enfin, est un logiciel de création vidéo
permettant de combiner plusieurs caméras ou même des signaux
provenant d'images informatiques 3D. Ce logiciel sera fort
utile aux artistes vidéo et veejays.»
La SAT se veut désormais un Hub urbain, agora où les
gens convergent sur place et peuvent aussi communiquer et
interagir avec d'autres artistes et chercheurs du monde entier.
À la SAT, donc, on n'est pas en train de pelleter des nuages.
Car il existe d'ores et déjà un vaste public ouvert aux nouvelles
pratiques multimédia sur Internet. Le potentiel d'expansion
est énorme et sa croissance risque d'être extrêmement rapide.
D'ici à la fin de 2005, 300 millions d'humains seront abonnés
à la haute vitesse. Actuellement, 5 millions de personnes
sont déjà branchées reliées par fibres optiques d'une capacité
de 100 mégaoctets, particulièrement au Japon et en Corée du
Sud. Aux États-Unis, les projets immobiliers attirent les
nouveaux acheteurs avec la fibre optique comme valeur ajoutée.
Science-fiction? Que non.
_________________________________________
Pour en savoir davantage sur le projet TOT www.sat.qc.ca.